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Fans de depeche mode

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Gareth Jones

Gareth JonesQuel a été ton rôle exacte sur Exciter ?
Martin et le groupe avaient décidé d'avoir une nouvelle approche en terme de songwriting pour cet album. Je crois que Martin en avait un peu marre de se retrouver tout seul dans son home studio pour composer... Ca ne l'amusait pas particulièrement. L'idée de départ c'était donc que deux ou trois personnes l'assistent dans ce que l'on appelle la pré production, le moment où l'on prépare les versions définitives des morceaux avant de les enregistrer. Le tout premier titre que l'on a bossé ensemble, c'est un instrumental qui verra le jour sur l'un des futurs singles...


En général, où en étaient les chansons quand Paul et toi avez commencé à travailler avec Martin ?
C'était des versions très simples. Il avait le texte, la mélodie de chant et une suite d'accords. Parfois il avait juste des idées de base programmées dans un séquenceur. Au début de notre collaboration, Martin passait souvent la journée, ou une partie, dans une pièce pour écrire ou peaufiner ce que j'appellerais le squelette d'un morceau. Ensuite nous nous mettions au boulot : nous pensions a l'agencement de la chanson, à son tempo... Disons que nous donnions une meilleure mine au squelette. (Rires) Pour Martin c'était vraiment une expérience nouvelle... Je trouve ça très bien que, malgré son passé et tout ce qu'il a fait, il soit encore capable de changer de méthode, qu'il ait un appétit de découvertes. C'est rare. De mon coté j'avais déjà travaillé ainsi avec d'autres artistes, mais ils n'étaient pas du même calibre, pas aussi doués...


Martin a-t-il abandonné beaucoup d'idée en cours de route ?
Oh non, loin de là ! Je crois qu'il n'y en a qu'une seule dont il n'était vraiment pas satisfait et qu'il a laissé tomber. Mais Martin a toujours été très « économique » avec son songwriting, il n'est pas du genre à composer vingt-cinq morceaux et n'en garder que dix pour l'album. Toute son énergie, toute sa créativité, il la réserve aux chansons qu'il veut voir figurer sur le disque.


Tu t'attendais à retravailler avec le groupe un jour ?
Pas du tout ! J'ai été surpris et ravis d'être invité de nouveau. Sur Ultra, j'avais enregistré un chant, mais c'était plus pour dépanner qu'autre chose. Mais là, il n'y avait rien de vraiment planifié. Personne ne m'a appelé pour me dire : « Gareth, ça te plairait de bosser avec Depeche Mode, comme au bon vieux temps ? » (Rires). Au départ, on devait travailler sur une ou deux chansons, juste pour voir comment ça se passait... Parce que personne ne savait si Martin serait à l'aise dans ce nouveau contexte. Mais comme tout s'est bien déroulé, on a continué la collaboration. Ensuite, le groupe a proposé que je sois également présent en studio, pour l'enregistrement dirigé par Mark Bell. En fait tout est arrivé graduellement...

Et comment cela s'est il passé avec Mark Bell ?
C'était vraiment un plaisir de travailler à ses côtés. Il est extrêmement talentueux. Il a une grande sensibilité musicale et il est très doué pour travailler les rythmes. Je connaissais ses disques avec LFO, et, comme tout le monde je pense, j'avais aussi entendu ce qu'il avait fait avec Björk.


Comment s'est déroulée ta première rencontre avec le groupe ?
Apres deux albums enregistrés à Blackwing, ils désiraient découvrir autre chose. Alan venait d'intégrer la formation, et ils voulaient en profiter pour avoir une approche différente. Ils cherchaient donc un nouveau studio. John Foxx, le premier leader d'Ultravox ! et l'un des précurseurs de l'electro pop en Grande Bretagne, venait de faire construire le sien à Shoreditch. Je l'avais aidé pour toute l'installation technique et il m'a ensuite proposé la place d'ingénieur. Au départ, j'avais refusé de travailler avec Depeche Mode : pour moi ce n'était qu'un groupe poppy de plus qui passait a la radio, j'étais loin d'en avoir perçu le potentiel. (Rires). Ils ont commencé à bosser avec quelqu'un d'autre, mais ça ne marchait pas. John m'a alors relancé en m'assurant que ça valait le coup, que le groupe était cool, qu'il avait de bonnes idées, et que ça pouvait être plus intéressant que je ne le pensais. Je restais quand même méfiant car j'avais des goûts assez extrêmes. J'ai tout de même accepté de les rencontrer et.... Le reste appartient à l'histoire, comme on dit.


Quels souvenirs gardes tu des trois albums auxquels tu as participé pendant les années 80 ?
Excellents... Le groupe était très créatif. C'était le début de l'utilisation du sampler. Mais le groupe s'est toujours refusé à s'en servir de façon paresseuse, à prendre des éléments déjà enregistrés sur d'autres disques. Ils s'intéressaient aux sons, on passait parfois des journées à enregistrer des bruits de voiture, de chantier... Pour Construction Time Again, je n'étais qu'ingénieur du son, mais tout le monde, que ce soit le groupe ou Daniel Miller, était ouvert à mes suggestions. Daniel faisait du boulot énorme, surtout en termes d'arrangements. Quand ils m'ont appelé pour Some Great Reward, c'est moi qui ai demandé si je pouvais intégrer l'équipe de production. L'enregistrement de Black Celebration, surtout pour l'époque, fut très long... Nous avons dû rester seize semaines en studio, avec un jour de pause en tout et pour tout.


Et après Black Celebration, as-tu continué à suivre ce que le groupe faisait ?
Bien sûr. Violator est un album fantastique... Mais lorsque j'ai écouté Songs Of Faith And Devotion la première fois, je l'ai détesté. Sans doute parce que je n'avais pas envie d'entendre un disque aussi rock après Violator. Mais aujourd'hui, il y a des titres que j'apprécie.


Tu as un album favori ?
C'est très difficile de faire un choix... Je dirais Black Celebration. Mais j'aurais adoré participer a l'élaboration de Violator.


Et comment perçois tu Exciter ?
Il me sera très difficile d'y apporter un jugement avant six mois. Mais j'ai fais écouter le disque a quelques amis et tous ont trouvé que c'était un très bel album. Ce qui est plutôt encourageant.


En tant que producteur, y a –t-il un disque dont tu es particulièrement fier ?
Je garde une affection particulière pour Halber Mensch, l'album de Einstürzende Neubaten, sorti en 1985. Plus récemment je pourrais citer Clinic. Il y a surtout les remixes que j'ai fais sous le nom de Sunroof avec mon ami Daniel Miller, en particulier celui de Oh Yeah de Can, que l'on trouve sur Anthology, et celui d'Utopia de Goldfrapp... Et puis, je crois qu'Exciter figure en bonne place ! Parce que je me suis pas mal investi dans la programmation, dans la recherche de sons... On est assez loin de mon boulot d'ingénieur sur Construction Time Again. (Rires)


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